Dimanche 27 avril 2008
Après 2 semaines passées dans le goulag de Port Hedland, j'ai fini par démissionner et rentrer à
Perth...
- Ce que l'on m'avait dit lors de l'entretien :
Que l'hôtel de Port Hedland recherchait du personnel "food and beverage", donc tout ce qui est serveuse, barmaid, barista, caissière... et qu'ils me formeraient à ce domaine (faire différents cafés, faire des cocktails, etc...).
Que l'hôtel était situé dans la ville même de Port Hedland et que tout était accessible à pied (banques, commerces, etc...).
Que je pourrais choisir mes horaires et mon nombre d'heures travaillées à ma convenance, qu'ils ne m'obligeraient pas à bosser 10h par jour si je ne le voulais pas.
- La réalité :
L'hôtel était situé à 3-4 kms du centre-ville et avec juste un supermarché à côté (et rien d'autre). Pour accéder aux autres commerces, il fallait marcher une heure ou trouver quelqu'un avec une voiture qui veuille bien m'emmener. Au final, je n'ai jamais vu la ville en elle-même. Mais la plage en face était sympa à voir.
Conformément à ce que la DRH m'avait dit, il y avait internet dans l'hôtel, elle s'était par contre gardé de me préciser que c'était à 12$/heure (sachant qu'à Perth je n'ai jamais payé plus de 3$/heure).
Le boulot que je faisais le plus souvent était effectivement serveuse. Par contre, j'étais cantonnée au poste de "food runner" (amener les plats et les enlever). Et lorsque j'ai demandé quand est ce que je pourrais apprendre à faire des cafés et tenir le bar, on m'a répondu que je devais d'abord apprendre à amener des plats correctement...
Il aurait été plus juste de dire que j'étais serveuse à Fort Boyard : mes épreuves consistaient à amener un ou plusieurs plats à la fois à la bonne table et sans les renverser, après avoir surmonté plusieurs obstacles/difficultés telles que :
- assiettes lourdes, brûlantes et pleines de jus,
- d'interminables couloirs à parcourir pour arriver dans le bar voisin qui servait également des plats, - dans l'un des couloirs en question, un immense ventilateur (au moins un mètre de diamètre) constamment en marche et devant lequel il fallait passer très rapidement pour ne pas que la bouffe (en particulier la salade) s'envole au passage,
- arrivée dans le bar, trouver le numéro de la table, sachant que l'emplacement des numéros changeait tout le temps bien sûr (les clients prenaient un numéro au bar, puis choisissaient n'importe quelle table) et pouvait être n'importe où dans l'une des 4 salles.
- se frayer un passage parmi les innombrables cartons et chariots qui encombraient les couloirs, tout en évitant les collisions avec les collègues qui surgissaient par les portes latérales,
- porter un plateau de 4 ou 5 plats + 1 ou 2 boissons (le tout en équilibre précaire) pour le service d'étage, sachant que la chambre en question est en général tout au bout du complexe et au dernier étage
- supporter le chef cuisinier qui ne cesse de gueuler "dépêchez vous ! dépêchez vous ! " , histoire d'augmenter encore le stress ambiant,
- arrivée à une table, répéter plusieurs fois le nom du plat et endurer la brûlure et le poids des assiettes encore quelques instants en attendant que les clients veuillent bien se rappeler ce qu'ils ont commandé ("oui c'est pour moi!" - je vais à un bout de la table - "ah non je me suis trompé, en fait c'est pour lui !" - je repars de l'autre côté de la table...)
- tâcher d'éviter les clients qui m'appellent "excuse me!" pour me poser pour la énième fois la même question "quand est ce que je vais avoir mon plat ?? vous pouvez aller vérifier en cuisine si ca va arriver bientôt ??"
Parfois, je faisais le service du matin et même si la veille j'avais fini de travailler à 22h ou 23h, je devais me relever à 4h30 pour préparer le petit déj (ouverture du resto à 5h30). Certains clients compatissants me voyaient les servir le matin à 5h30, puis leur amener leur plateau repas dans leur chambre le soir à 21h. Ils me demandaient alors si je bossais 24h/jour ou si je dormais parfois...
Je faisais parfois aussi femme de chambre. Là aussi il fallait être très rapide et c'était assez physique car il fallait faire une 10aine de lits dans la matinée (et nettoyer tout le reste bien sur). Mais c'était le boulot que je préférais car il y avait beaucoup moins de stress et mes collègues femmes de chambre étaient très sympas et il y avait beaucoup d'entraide.
Et puis la dernière chose que je faisais était aide de cuisine. La DRH à Perth s'était bien gardée de me dire lors de l'entretien qu'ils recherchaient en fait un nouvel aide de cuisine pour remplacer celle qui allait partir ! Mais peu après mon arrivée, mes collègues m'ont dit qu'on leur avait dit que j'étais la nouvelle aide de cuisine !! C'était le boulot de plus dur.
Quand c'était calme, il fallait faire des tâches aussi diverses que : lessiver les murs, couper/éplucher des fruits et légumes, faire de la purée, remplir des petits pots de sauce, etc... Mais au moment des repas, il fallait faire la vaisselle, sachant qu'il y avait souvent entre 100 et 150 clients dans la soirée... Il y avait un lave-vaisselle industrielle qui tournait pendant 3 minutes, ce qui veut dire que j'avais 3 minutes pour ranger la vaisselle qui venait dêtre lavée et prélaver un nouveau plateau de vaisselle (soit une 15aine de bols/assiettes à rincer ou une 10aine de poeles/plats/casseroles à récurer...).
Le tout dans la chaleur de la cuisine, avec le chef cuisinier qui continue de gueuler pour tout et rien et les autres cuisiniers qui me demandent régulièrement des trucs (leur amener des légumes, des oeufs, des frites, des assiettes...). J'arrivais à tenir la cadence durant la soirée, mais à la fin de la soirée, les serveuses ramenaient toutes les assiettes, couverts, bols, etc.... et les cuisiniers amenaient toutes leurs poêles, casseroles, plats (le genre avec de la bouffe bien grillée dessus), planches à découper en même temps et il y en avait des montagnes...
Les serveuses prenaient la peine de vider les assiettes, mais pas les cuisiniers, et ils mettaient tous leurs ustensiles encore plein de bouffe dans l'évier (où l'eau coulait en permanence), histoire de bien tout boucher. Je dégageais donc l'évier pour essayer de le déboucher, mais eux, voyant qu'il y avait alors de la place dans l'évier en profitaient pour y remettre encore d'autres trucs ! Bref, c'était désespérant...
J'ai donc eu une discussion avec le manager en lui expliquant que j'étais une très mauvaise aide de cuisine et en lui demandant de ne plus me mettre à ce poste. "Aucun problème", me dit il, "je vais te mettre seulement femme de chambre et serveuse alors". Or, une semaine plus tard, j'ai pu voir sur l'emploi du temps qu'on m'avait remise en cuisine pour les prochains jours, pour remplacer celle qui partait.
J'en ai parlé avec ma chef directe qui m'a dit "ben oui, on n'a pas encore trouvé d'aide de cuisine et comme il n'y a personne d'autre, tu seras en cuisine jusqu'à ce qu'on recrute un nouvel aide de cuisine". De plus, mes mains me faisaient terriblement souffrir, même après plusieurs jours sans faire la vaisselle et même lorsque je me reposais. J'ai compris alors que je commencais à développer les fameux TMS (troubles musculo-squelettiques) que j'avais étudié en cours d'ergonomie et c'est là que j'ai décidé de démissionner.
L'argent, c'est bien (j'ai récolté plus de 1000$ en 10 jours), mais la santé, c'est plus important.
Evidemment, j'ai choisi le pire moment pour démissionner : vendredi 25 avril était Anzac Day, donc jour férié, donc long weekend, donc tous les hôtels et auberges de jeunesse à Perth étaient pleins.
Mais peu importe, je ne pouvais pas rester un jour de plus dans cet endroit, j'ai donc pris mon billet d'avion, en me disant "advienne que pourra"...
Dans ces périodes noires où tout va mal, on apprécie d'autant plus l'aide des autres. J'adresse donc un immense merci à :
- John, le cuisinier asiatique (celui qui se faisait le plus engueuler par le chef, comme par hasard), qui a été LE SEUL a m'aider à finir la vaisselle, à m'apporter de l'eau et à me demander si ca allait (alors que les autres cuisiniers se contentaient de me regarder en buvant leur boisson fraîche puis de rentrer chez eux).
- Joanne, mon amie coréenne de Perth, qui ne pouvant m'héberger, est partie démarcher toutes les auberges et m'a finalement trouvé un lit dans l'une d'elle. C'est grâce à elle que je ne suis pas à la rue.
- Mark, un client de l'hôtel qui m'a reconnue à l'aéroport (un total inconnu donc) et qui prenait le même avion que moi. Il était inquiet à l'idée que je rentrerais seule la nuit à Perth en bus et il a insisté pour que j'accepte 50$ pour rentrer en taxi. Il m'a également laissé son numéro de téléphone pour que je l'appelle si j'ai le moindre problème.
- Ce que l'on m'avait dit lors de l'entretien :
Que l'hôtel de Port Hedland recherchait du personnel "food and beverage", donc tout ce qui est serveuse, barmaid, barista, caissière... et qu'ils me formeraient à ce domaine (faire différents cafés, faire des cocktails, etc...).
Que l'hôtel était situé dans la ville même de Port Hedland et que tout était accessible à pied (banques, commerces, etc...).
Que je pourrais choisir mes horaires et mon nombre d'heures travaillées à ma convenance, qu'ils ne m'obligeraient pas à bosser 10h par jour si je ne le voulais pas.
- La réalité :
L'hôtel était situé à 3-4 kms du centre-ville et avec juste un supermarché à côté (et rien d'autre). Pour accéder aux autres commerces, il fallait marcher une heure ou trouver quelqu'un avec une voiture qui veuille bien m'emmener. Au final, je n'ai jamais vu la ville en elle-même. Mais la plage en face était sympa à voir.
Conformément à ce que la DRH m'avait dit, il y avait internet dans l'hôtel, elle s'était par contre gardé de me préciser que c'était à 12$/heure (sachant qu'à Perth je n'ai jamais payé plus de 3$/heure).
Le boulot que je faisais le plus souvent était effectivement serveuse. Par contre, j'étais cantonnée au poste de "food runner" (amener les plats et les enlever). Et lorsque j'ai demandé quand est ce que je pourrais apprendre à faire des cafés et tenir le bar, on m'a répondu que je devais d'abord apprendre à amener des plats correctement...
Il aurait été plus juste de dire que j'étais serveuse à Fort Boyard : mes épreuves consistaient à amener un ou plusieurs plats à la fois à la bonne table et sans les renverser, après avoir surmonté plusieurs obstacles/difficultés telles que :
- assiettes lourdes, brûlantes et pleines de jus,
- d'interminables couloirs à parcourir pour arriver dans le bar voisin qui servait également des plats, - dans l'un des couloirs en question, un immense ventilateur (au moins un mètre de diamètre) constamment en marche et devant lequel il fallait passer très rapidement pour ne pas que la bouffe (en particulier la salade) s'envole au passage,
- arrivée dans le bar, trouver le numéro de la table, sachant que l'emplacement des numéros changeait tout le temps bien sûr (les clients prenaient un numéro au bar, puis choisissaient n'importe quelle table) et pouvait être n'importe où dans l'une des 4 salles.
- se frayer un passage parmi les innombrables cartons et chariots qui encombraient les couloirs, tout en évitant les collisions avec les collègues qui surgissaient par les portes latérales,
- porter un plateau de 4 ou 5 plats + 1 ou 2 boissons (le tout en équilibre précaire) pour le service d'étage, sachant que la chambre en question est en général tout au bout du complexe et au dernier étage
- supporter le chef cuisinier qui ne cesse de gueuler "dépêchez vous ! dépêchez vous ! " , histoire d'augmenter encore le stress ambiant,
- arrivée à une table, répéter plusieurs fois le nom du plat et endurer la brûlure et le poids des assiettes encore quelques instants en attendant que les clients veuillent bien se rappeler ce qu'ils ont commandé ("oui c'est pour moi!" - je vais à un bout de la table - "ah non je me suis trompé, en fait c'est pour lui !" - je repars de l'autre côté de la table...)
- tâcher d'éviter les clients qui m'appellent "excuse me!" pour me poser pour la énième fois la même question "quand est ce que je vais avoir mon plat ?? vous pouvez aller vérifier en cuisine si ca va arriver bientôt ??"
Parfois, je faisais le service du matin et même si la veille j'avais fini de travailler à 22h ou 23h, je devais me relever à 4h30 pour préparer le petit déj (ouverture du resto à 5h30). Certains clients compatissants me voyaient les servir le matin à 5h30, puis leur amener leur plateau repas dans leur chambre le soir à 21h. Ils me demandaient alors si je bossais 24h/jour ou si je dormais parfois...
Je faisais parfois aussi femme de chambre. Là aussi il fallait être très rapide et c'était assez physique car il fallait faire une 10aine de lits dans la matinée (et nettoyer tout le reste bien sur). Mais c'était le boulot que je préférais car il y avait beaucoup moins de stress et mes collègues femmes de chambre étaient très sympas et il y avait beaucoup d'entraide.
Et puis la dernière chose que je faisais était aide de cuisine. La DRH à Perth s'était bien gardée de me dire lors de l'entretien qu'ils recherchaient en fait un nouvel aide de cuisine pour remplacer celle qui allait partir ! Mais peu après mon arrivée, mes collègues m'ont dit qu'on leur avait dit que j'étais la nouvelle aide de cuisine !! C'était le boulot de plus dur.
Quand c'était calme, il fallait faire des tâches aussi diverses que : lessiver les murs, couper/éplucher des fruits et légumes, faire de la purée, remplir des petits pots de sauce, etc... Mais au moment des repas, il fallait faire la vaisselle, sachant qu'il y avait souvent entre 100 et 150 clients dans la soirée... Il y avait un lave-vaisselle industrielle qui tournait pendant 3 minutes, ce qui veut dire que j'avais 3 minutes pour ranger la vaisselle qui venait dêtre lavée et prélaver un nouveau plateau de vaisselle (soit une 15aine de bols/assiettes à rincer ou une 10aine de poeles/plats/casseroles à récurer...).
Le tout dans la chaleur de la cuisine, avec le chef cuisinier qui continue de gueuler pour tout et rien et les autres cuisiniers qui me demandent régulièrement des trucs (leur amener des légumes, des oeufs, des frites, des assiettes...). J'arrivais à tenir la cadence durant la soirée, mais à la fin de la soirée, les serveuses ramenaient toutes les assiettes, couverts, bols, etc.... et les cuisiniers amenaient toutes leurs poêles, casseroles, plats (le genre avec de la bouffe bien grillée dessus), planches à découper en même temps et il y en avait des montagnes...
Les serveuses prenaient la peine de vider les assiettes, mais pas les cuisiniers, et ils mettaient tous leurs ustensiles encore plein de bouffe dans l'évier (où l'eau coulait en permanence), histoire de bien tout boucher. Je dégageais donc l'évier pour essayer de le déboucher, mais eux, voyant qu'il y avait alors de la place dans l'évier en profitaient pour y remettre encore d'autres trucs ! Bref, c'était désespérant...
J'ai donc eu une discussion avec le manager en lui expliquant que j'étais une très mauvaise aide de cuisine et en lui demandant de ne plus me mettre à ce poste. "Aucun problème", me dit il, "je vais te mettre seulement femme de chambre et serveuse alors". Or, une semaine plus tard, j'ai pu voir sur l'emploi du temps qu'on m'avait remise en cuisine pour les prochains jours, pour remplacer celle qui partait.
J'en ai parlé avec ma chef directe qui m'a dit "ben oui, on n'a pas encore trouvé d'aide de cuisine et comme il n'y a personne d'autre, tu seras en cuisine jusqu'à ce qu'on recrute un nouvel aide de cuisine". De plus, mes mains me faisaient terriblement souffrir, même après plusieurs jours sans faire la vaisselle et même lorsque je me reposais. J'ai compris alors que je commencais à développer les fameux TMS (troubles musculo-squelettiques) que j'avais étudié en cours d'ergonomie et c'est là que j'ai décidé de démissionner.
L'argent, c'est bien (j'ai récolté plus de 1000$ en 10 jours), mais la santé, c'est plus important.
Evidemment, j'ai choisi le pire moment pour démissionner : vendredi 25 avril était Anzac Day, donc jour férié, donc long weekend, donc tous les hôtels et auberges de jeunesse à Perth étaient pleins.
Mais peu importe, je ne pouvais pas rester un jour de plus dans cet endroit, j'ai donc pris mon billet d'avion, en me disant "advienne que pourra"...
Dans ces périodes noires où tout va mal, on apprécie d'autant plus l'aide des autres. J'adresse donc un immense merci à :
- John, le cuisinier asiatique (celui qui se faisait le plus engueuler par le chef, comme par hasard), qui a été LE SEUL a m'aider à finir la vaisselle, à m'apporter de l'eau et à me demander si ca allait (alors que les autres cuisiniers se contentaient de me regarder en buvant leur boisson fraîche puis de rentrer chez eux).
- Joanne, mon amie coréenne de Perth, qui ne pouvant m'héberger, est partie démarcher toutes les auberges et m'a finalement trouvé un lit dans l'une d'elle. C'est grâce à elle que je ne suis pas à la rue.
- Mark, un client de l'hôtel qui m'a reconnue à l'aéroport (un total inconnu donc) et qui prenait le même avion que moi. Il était inquiet à l'idée que je rentrerais seule la nuit à Perth en bus et il a insisté pour que j'accepte 50$ pour rentrer en taxi. Il m'a également laissé son numéro de téléphone pour que je l'appelle si j'ai le moindre problème.
par Romanine
publié dans :
Australie
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